Catégorie : Info

  • Au cƓur du recrutement, le CV fait sa mue

    Au cƓur du recrutement, le CV fait sa mue

    Entretien

    Lors d’un processus de recrutement, le curriculum vitae est encore largement utilisĂ©, notamment pour prĂ©sĂ©lectionner les candidat·e·s avant les entretiens. Des initiatives tentent de le faire disparaĂźtre, notamment pour gommer les a priori nĂ©gatifs, ou alors de le transformer.

    Ce dĂ©but d’annĂ©e, l’assureur Concordia s’est mis Ă  la recherche de conseiller·Úre·s en assurance. Dans un contexte oĂč il est de plus en plus difficile de trouver du personnel qualifiĂ© sur le marchĂ© du travail, l’employeur s’est alors lancĂ© dans un recrutement diffĂ©rent, sans connaĂźtre les CV des candidat·e·s. “Pour ce poste, la personnalitĂ© et les soft skills sont trĂšs importants, relate Laetitia DuprĂ©, spĂ©cialiste recrutement. Et chez Concordia, nous essayons d’embaucher une personne et pas un CV. Nous essayons de voir au-delĂ . Toutefois, lorsque nous recevons une centaine de candidatures, il est difficile d’appliquer cela. Donc si certains CV ne sont pas bien faits, s’il manque des Ă©lĂ©ments, ou encore si la mise en page n’est pas attrayante, il est possible que des candidats ne soient pas contactĂ©s.”

    Concordia a donc fait appel Ă  une agence de placement qui a effectuĂ© une prĂ©sĂ©lection sur la base de deux ou trois critĂšres transmis par l’assureur. “Nous avons ensuite rencontrĂ© les candidat·e·s sous forme de speed recruiting, environ 8 Ă  10 minutes d’entretien sans avoir de CV sous les yeux. Cela nous a permis de voir des profils que les RH auraient pu refuser sur la base de ces documents.”

    Moins de CV, plus d’égalitĂ©

    Ce type de dĂ©marche innovante ne surprend pas StĂ©phane Gigon. Il est le directeur d’Humanys Solutions, une sociĂ©tĂ© spĂ©cialisĂ©e dans le coaching et l’accompagnement de personnes en transition de carriĂšre. “On sent clairement une Ă©volution dans le marchĂ© du travail, avec la grande dĂ©mission aux Etats-Unis, le fait que 500’000 personnes partiront en retraite en Suisse en 2030, ou encore le fait que le marchĂ© a enregistrĂ© le plus gros taux d’absentĂ©isme au premier trimestre de cette annĂ©e, note-t-il. Il y a Ă©normĂ©ment de burn-out liĂ©s Ă  un stress chronique, Ă  de l’épuisement, mais aussi de plus en plus une quĂȘte de sens. Dans ce contexte, les employeurs doivent rĂ©agir.”

    Recruter sans CV serait donc aussi une maniĂšre de donner une image positive de la personne qui recrute. “C’est gagnant-gagnant pour l’entreprise et le candidat”, ajoute Laetitia DuprĂ©, parce que l’entreprise peut aussi montrer d’elle une image moderne, progressiste, ce qui permet d’attirer aussi les bons profils.” De son cĂŽtĂ©, le ou la candidat·e qui a un CV compliquĂ©, par exemple avec de longues pĂ©riodes d’inactivitĂ©, peut profiter de tels processus. “Je pense que le discours est plus authentique et plus transparent, dĂ©clare la responsable RH. Il y a finalement moins cette tentation de nous cacher des informations par peur que cela dĂ©plaise. Cela va permettre aux personnes qui ont des CV moins attractifs d’ĂȘtre Ă  Ă©galitĂ© avec les autres. AprĂšs, il faudra qu’elles puissent expliquer, justifier les Ă©ventuels “trous” ou les changements, afin de convaincre les RH. »

    Quoi qu’il en soit, les CV restent des documents largement utilisĂ©s, car un recrutement comme celui de Concordia, avec l’appui d’un cabinet externe pour prĂ©sĂ©lectionner des candidat·e·s, a un coĂ»t important. “Les PME n’ont pas les mĂȘmes moyens que de grosses structures, prĂ©cise StĂ©phane De Craecker, coach EmployabilitĂ© chez InnoPark. Et, lorsqu’elles effectuent elles-mĂȘmes le recrutement, elles travaillent encore souvent Ă  l’ancienne, avec une rĂ©ception des CV, une impression, un premier tri manuel, etc. De plus, les responsables du recrutement ont gĂ©nĂ©ralement peu de temps pour sĂ©lectionner les dossiers.”

    Faire preuve de créativité

    Les candidat·e·s aux CV compliquĂ©s doivent alors trouver d’autres moyens pour passer le 1er tour du recrutement. “Chez Humanys, nous conseillons d’avoir deux types de CV, un dynamique, pour des dĂ©marches proactives auprĂšs de recruteurs ou de contacts, et un autre plus classique Ă  dĂ©poser sur des plateformes. Pour ce dernier, nous conseillons d’ĂȘtre le plus simple possible, d’enlever toutes les fioritures. Car les CV sont de plus en plus lus et triĂ©s dans un premier temps par des algorithmes.”

    Autre tendance : un CV sous forme vidĂ©o. Avec l’essor des rĂ©seaux sociaux, voir des gens parler d’eux-mĂȘmes face Ă  une camĂ©ra est devenu habituel. Mais cela n’est pas forcĂ©ment facile pour tout le monde. Humanys a trouvĂ© la parade. “Il est trĂšs difficile de parler face Ă  une camĂ©ra, souvent le rĂ©sultat n’est pas satisfaisant, il faut faire beaucoup de prises, et la personne n’est pas toujours Ă  l’aise, relate le responsable. Nous avons donc choisi une autre voie. Nous demandons aux candidat·e·s un « elevator pitch » (ndlr: un argumentaire Ă©clair). Elles ou ils peuvent ensuite choisir deux types de vidĂ©os : en 3D avec un avatar, ou en mode cinĂ©ma avec des images en lien avec son univers. La vidĂ©o peut ensuite ĂȘtre ajoutĂ©e au CV, ou diffusĂ©e directement sur les rĂ©seaux sociaux. Les employeurs en sont friands. Cela donne une image d’un·e candidat·e en phase avec son Ă©poque, capable d’utiliser les nouvelles technologies ou les nouveaux codes visuels.”

    L’audace lors d’une recherche d’emploi, reste Ă  double tranchant, selon StĂ©phane De Craecker: “On peut imaginer toute sorte d’originalitĂ©. Une personne avait fait afficher son visage sur les bus en France et elle a eu beaucoup de succĂšs. Mais je le dis Ă  mes participant·e·s: l’originalitĂ©, c’est un risque, soit les gens vont apprĂ©cier cette approche nouvelle, soit c’est un rejet. Donc il faut mesurer cela.”

    Tout un processus de recrutement en mutation

    Si les candidat·e·s n’adoptent pas de nouvelles maniĂšres de se prĂ©senter, il est fort probable que ce soient les entreprises qui prennent les devants en innovant lors du recrutement. “Les nouveautĂ©s les plus dĂ©stabilisantes Ă  l’heure actuelle sont les interviews en ligne par des ordinateurs, par des intelligences artificielles, dĂ©crit le coach d’InnoPark. On vous diffuse un texte ou une sĂ©quence vidĂ©o et vous avez deux minutes pour rĂ©pondre. De plus, il y a dorĂ©navant des outils qui analysent visuellement la maniĂšre dont la rĂ©ponse a Ă©tĂ© donnĂ©e au niveau du non verbal, et qui dĂ©finit un coefficient de cohĂ©rence entre la rĂ©ponse et l’attitude des candidat·e·s.”

    C’est peut-ĂȘtre finalement le paradoxe du dĂ©veloppement des processus de recrutement Ă  l’heure actuelle : alors que des soft skills, des compĂ©tences plus sociales et Ă©motionnelles, sont recherchĂ©es chez les candidat·e·s, en gommant les documents Ă©crits et en favorisant l’entretien en prĂ©sentiel, les recruteurs sont de leur cĂŽtĂ© de plus en plus remplacĂ©s par des robots. On en viendrait presque Ă  regretter le bon vieux CV.

  • « Le Revenu de Transition Ecologique pourrait impacter les membres d’Insertion Vaud »

    « Le Revenu de Transition Ecologique pourrait impacter les membres d’Insertion Vaud »

    cl_eper

    CĂ©line Lafourcade, chargĂ©e de projet Ă  l’EPER

    Et si le Canton de Vaud intĂ©grait un Revenu de Transition Ecologique ? Une Ă©tude menĂ©e par l’EPER se penche sur la faisabilitĂ© d’un tel mĂ©canisme qui pourrait concerner directement des bĂ©nĂ©ficiaires de mesures d’insertion. Interview de CĂ©line Lafourcade, en charge du projet.

    Qu’est ce que le RTE, le Revenu de Transition Ecologique ?

    Le RTE est un concept qui a Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ© par Sophie Swaton, philosophe et Ă©conomiste Ă  l’UniversitĂ© de Lausanne. Il dĂ©coule de ses recherches sur le revenu brut inconditionnel, tout en se dĂ©marquant de celui-ci. Ici, le revenu est justement conditionnĂ©, en l’occurrence au fait d’avoir une activitĂ© en lien avec la transition Ă©cologique. En rĂ©sumĂ© : pour rĂ©aliser cette transition Ă©cologique, il y a besoin de rĂ©aliser un certain nombre d’activitĂ©s. Et pour cela, il faut crĂ©er des emplois.

    Et pourquoi cette étude ?

    Le RTE est dĂ©jĂ  expĂ©rimentĂ© dans plusieurs endroits, notamment en France. Quelques initiatives ont vu le jour en Suisse, dans les cantons de GenĂšve et du Jura. Dans le canton de Vaud, la Direction gĂ©nĂ©rale de la cohĂ©sion sociale a lancĂ© son projet de mesures Ă  vocation Ă©cologique avec le soutien de la Fondation Zoein. En parallĂšle, il y a eu des discussions pour rĂ©aliser une Ă©tude sur ce RTE, pour Ă©valuer comment il pourrait ĂȘtre expĂ©rimentĂ© dans le Canton de Vaud. Par ailleurs, la dĂ©putĂ©e verte Rebecca Joly a dĂ©posĂ© une postulat demandant justement d’étudier la faisabilitĂ© d’un RTE. Ces deux Ă©lĂ©ments sont donc Ă  l’origine de cette Ă©tude de faisabilitĂ© pour le dĂ©veloppement d’un projet pilote de RTE dans le canton de Vaud.

    À qui s’adresse le RTE ?

    Selon le concept proposĂ© par Sophie Swaton, le RTE est un dispositif de soutien Ă  des porteuses et porteurs de projet et Ă  des personnes en situation de vulnĂ©rabilitĂ©, qui s’engagent dans une activitĂ© rĂ©pondant aux urgences Ă©cologiques et sociales.

    Pour ce projet pilote de RTE dans le canton de Vaud, la proposition qui devra ĂȘtre validĂ©e est de cibler dans un premier temps deux publics. D’une part les personnes qui sont aujourd’hui bĂ©nĂ©ficiaires du revenu d’insertion (RI), et d’autre part, les porteurs de projets. En effet, on a vu qu’il fallait aussi encourager les entrepreneur·e·s engagé·e·s dans des activitĂ©s de transition Ă©cologique afin de crĂ©er de nouvelles activitĂ©s. Il faut soutenir aussi ces profils, cela permettra Ă©galement de crĂ©er les emplois de demain.

    Et donc des bĂ©nĂ©ficiaires du RI pourraient ainsi travailler et sortir de l’aide sociale ?

    Effectivement, des personnes en insertion pourraient travailler auprĂšs d’employeurs existants engagĂ©s ou souhaitant s’engager dans des activitĂ©s de transition Ă©cologique. Mais l’objectif est aussi de favoriser les synergies pour crĂ©er des micro-entreprises, avec une mixitĂ© entre des personnes en insertion ou non. Ceci permettrait Ă©galement une dĂ©stigmatisation de profils diffĂ©rents et une meilleure cohĂ©sion sociale.

    Qu’y a-t-il derriĂšre l’idĂ©e de coopĂ©ratives de transition Ă©cologique ?

    Il y a une volontĂ© de crĂ©er une structure dĂ©mocratique avec des principes de gouvernance partagĂ©e pour mettre en place ces RTE. Ces structures sont nommĂ©es des coopĂ©ratives de transition Ă©cologique (CTE) et ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© crĂ©es en France. Il faudra Ă©tudier quel statut serait le plus adaptĂ© en Suisse et dans le canton de Vaud, entre une association ou une coopĂ©rative. Le RTE, ce n’est pas seulement un revenu, c’est aussi un accompagnement de la personne et la volontĂ© de mutualiser le matĂ©riel et les espaces, de crĂ©er des synergies entre les personnes ou des collaborations, et donc de crĂ©er toute une communautĂ© d’acteurs de la transition Ă©cologique.

    Quels peuvent ĂȘtre les impacts sur les membres d’Insertion Vaud si ce RTE est mis en place ?

    Les organismes d’insertion consultĂ©s durant l’étude sont ceux qui sont dĂ©jĂ  impliquĂ©s dans des mesures Ă  vocation Ă©cologique. Et il semble que l’ensemble de ceux-ci sont intĂ©ressĂ©s Ă  participer au projet pilote. Donc oui, il y a un impact sur les acteurs d’Insertion Vaud, mais aussi sur leurs bĂ©nĂ©ficiaires et leur trajectoire d’insertion.

    De quelle maniĂšre ?

    L’idĂ©e est de favoriser une insertion vers les mĂ©tiers de la transition Ă©cologique pour Ă  la fois rĂ©pondre aux besoins de la transition mais aussi permettre aux personnes qui ont Ă©tĂ© Ă©loignĂ©es du marchĂ© du travail de retrouver une activitĂ© porteuse de sens. Par ailleurs, ce volet pour le dĂ©veloppement d’entreprenariat par les bĂ©nĂ©ficiaires est vraiment novateur. Aujourd’hui, une personne au RI ne peut pas dĂ©velopper un projet d’entreprenariat. Dans notre proposition de dispositif RTE pilote, on espĂšre pouvoir rendre cela possible dans certaines situations. Cela nĂ©cessitera un accompagnement adĂ©quat.

    L’objectif est donc aussi de crĂ©er des mĂ©tiers qui n’existent pas encore ?

    En quelque sorte. Pour l’instant c’est assez difficile d’avoir un parcours cohĂ©rent pour les bĂ©nĂ©ficiaires de mesures Ă  vocation Ă©cologique, parce qu’il n’y a pas toujours d’emplois correspondants. L’étude se penche aussi sur les raisons de ce manque. Il y a notamment un souci de rentabilitĂ© des entreprises dans ce domaine parce que le cadre rĂ©glementaire ne favorise pas aujourd’hui les activitĂ©s qui prennent en compte les limites planĂ©taires. Le secteur de l’économie circulaire, comme la rĂ©utilisation d’objets, est particuliĂšrement concernĂ©.

    Est-ce qu’il y a quand mĂȘme des secteurs oĂč l’on pourrait aujourd’hui insĂ©rer via le RTE ?

    Il y a notamment le domaine de la transition Ă©nergĂ©tique, avec la rĂ©novation thermique de bĂątiments ou l’installation de panneaux photovoltaĂŻques. On observe que le besoin de main-d’Ɠuvre dans des entreprises existantes est dĂ©jĂ  lĂ .

    Quelles sont les prochaines étapes pour ce RTE ?

    L’étude est en train d’ĂȘtre finalisĂ©e. Une fois terminĂ©e, une validation politique sera nĂ©cessaire, mais la temporalitĂ© n’est pas encore exactement dĂ©finie. Il faut prĂ©ciser qu’il s’agit d’un projet pilote, avec quelques personnes qui pourraient bĂ©nĂ©ficier de ce RTE. Il y aurait ensuite une Ă©valuation de ce projet, et en fonction des rĂ©sultats, le RTE pourrait ĂȘtre mis en place de maniĂšre plus large.

    Si le projet pilote est concluant, il faudra encore convaincre la population qui financera au final ce revenu via l’impît ?

    Les personnes Ă  l’aide sociale qui pourraient bĂ©nĂ©ficier du RTE sont des personnes qui bĂ©nĂ©ficient dĂ©jĂ , aujourd’hui, d’un revenu d’insertion. Avec le RTE, l’idĂ©e est de dĂ©placer les coĂ»ts vers une mesure potentiellement plus efficace. Par contre, il faudra effectivement trouver les moyens de financer la partie du RTE dĂ©diĂ©e au soutien Ă  l’entreprenariat pour les personnes qui ne relĂšvent pas de l’aide sociale.

  • Rencontre avec la ConseillĂšre d’Etat Rebecca Ruiz

    Rencontre avec la Conseillùre d’Etat Rebecca Ruiz

    P1

    Visite de trois de nos membres sur le site des Halles de la transition Ă  Beaulieu et discussions sur les dĂ©fis et perspectives pour le domaine de l’insertion.

    Vendredi 1er juillet, Madame la ConseillĂšre d’Etat vaudoise Rebecca Ruiz a consacrĂ© le premier jour du renouvellement de son mandat en tant que ConseillĂšre d’Etat Ă  l’insertion socioprofessionnelle. AccompagnĂ©e d’une dĂ©lĂ©gation du DĂ©partement de la santĂ© et de l’action sociale (DSAS), elle a en effet rencontrĂ© le comitĂ© d’Insertion Vaud.

    La journĂ©e a commencĂ© par la visite des mesures d’insertion de trois de nos membres, toutes situĂ©es dans les nouvelles Halles de la transition Ă  Beaulieu. C’est d’abord la sociĂ©tĂ© de recyclage de textiles Textura (DEMARCHE sociĂ©tĂ© coopĂ©rative) qui a accueilli la dĂ©lĂ©gation. La responsable Emmanuelle Rossier a ainsi pu dĂ©tailler le fonctionnement de la mesure d’insertion, de la rĂ©colte au recyclage en passant par le tri, et les enjeux de la branche autour de l’économie circulaire et de l’utilisation de textiles recyclĂ©s dans un circuit court et local.

    La dĂ©lĂ©gation s’est ensuite rendue dans l’espace des Halles de la transition qui accueille L’Eveil et Mentor Energy. AccompagnĂ©e par les responsables, respectivement Oran McKenzie et François Egger, elle a pu dĂ©couvrir le rĂ©amĂ©nagement trĂšs rĂ©ussi de ce grand espace industriel de 2400 m2, Ă  l’aide de portakabin, escaliers, de lieux de dĂ©tente et de plantes vertes. Mentor Energy a prĂ©sentĂ© sa mesure destinĂ©es ​​aux jeunes primo demandeurs et aux seniors qualifiĂ©s. L’Éveil a ensuite dĂ©taillĂ© sa philosophie de rĂ©insertion, Ă  l’intersection entre art, santĂ©, social, spiritualitĂ© et Ă©cologie.

    La rencontre avec Rebecca Ruiz et la dĂ©lĂ©gation du DSAS fut Ă©galement l’occasion d’échanger avec le comitĂ© d’Insertion Vaud sur les dĂ©fis et perspectives pour le domaine de l’insertion. La ConseillĂšre d’Etat s’est voulue rassurante quant Ă  la volontĂ© du Canton de Vaud de poursuivre sa politique active d’insertion socioprofessionnelle. La demi-journĂ©e s’est ponctuĂ©e par un dĂ©licieux repas en commun au restaurant La Station (restaurant d’insertion gĂ©rĂ© par L’Eveil et Mentor Energy).

  • La pĂ©nurie de main-d’Ɠuvre dans la restauration impacte les mesures d’insertion

    La pĂ©nurie de main-d’Ɠuvre dans la restauration impacte les mesures d’insertion

    Cuisine

    ©Insertion Vaud

    Le secteur de la restauration souffre encore du COVID, certain·e·s employé·e·s ayant dĂ©cidĂ© de changer de mĂ©tier. Les mesures d’insertion sont Ă©galement touchĂ©es. Mais cette pĂ©nurie de personnel est aussi une bonne nouvelle pour les bĂ©nĂ©ficiaires qui choisissent cette voie.

    Le CafĂ© Restaurant des Tilleuls à Renens, L’Union à Epalinges, Quai 14 à Lausanne, La Pinte Vaudoise à Pully ou encore La Station à Lausanne, des restaurants comme les autres, ou presque. Car en plus de servir des plats, ces cinq Ă©tablissements encadrent des bĂ©nĂ©ficiaires, jeunes en formation ou personnes suivant des mesures d’insertion socioprofessionnelle. Et comme dans toute la branche, ils sont touchĂ©s par la pĂ©nurie actuelle de main-d’Ɠuvre suite Ă  la crise du COVID. Il faut dire que le problĂšme est profond. Plus de 10’000 places de travail Ă©taient Ă  repourvoir dans l’hĂŽtellerie et la restauration ce dĂ©but d’annĂ©e.

    L’HĂŽtel-Restaurant l’Union est une entitĂ© de la sociĂ©tĂ© coopĂ©rative DĂ©marche. Quatre secteurs, l’entretien, l’accueil, le service et la restauration, sont chacun encadrĂ©s par un·e professionnel·le. Ils sont composĂ©s d’une Ă©quipe de permanent·e·s ainsi que d’une Ă©quipe de participant·e·s. Cela reprĂ©sente en tout 36 places conventionnĂ©es dans le cadre de l’aide sociale et 5 places avec le Service de l’emploi. La forte demande en personnel sur le marchĂ© du travail est un atout pour l’insertion des bĂ©nĂ©ficiaires, remarque Emmanuelle Rossier, responsable du DĂ©partement prestations chez DĂ©marche. “Nos observations montrent qu’il est plus facile d’accĂ©der maintenant Ă  un emploi dans le domaine de la restauration qu’avant la pandĂ©mie, et cela de maniĂšre assez nette.”


    Au CafĂ© Restaurant des Tilleuls, quatre jeunes suivent un apprentissage d’employé·e en restauration dans le domaine du service. Pour ce qui est de la cuisine, l’établissement a la possibilitĂ© d’accueillir des jeunes pour un stage, comme d’autres restaurants de l’économie rĂ©elle. Ce lieu d’intĂ©gration est gĂ©rĂ© par l’Orif. “C’est une super opportunitĂ© pour ces jeunes, rĂ©agit BenoĂźt Da Costa de l’Orif Renens. Le manque de personnel actuel favorise l’intĂ©gration dans le marchĂ© du travail. Il y a plus d’opportunitĂ©s qui s’offrent Ă  eux Ă  la fin de leur formation.”

    Recrutement difficile
    Si les opportunitĂ©s dans le monde du travail sont lĂ , faut-il encore que les professions de la restauration attirent du monde. “Le problĂšme est que, si le tout public s’éloigne de ces mĂ©tiers, c’est aussi le cas du public de l’insertion”, dĂ©clare Emmanuel Rossier de DĂ©marche. À l’Orif Renens, mĂȘme constat : “pour une place mise au concours rĂ©cemment, nous avons effectivement eu de la peine Ă  recruter, explique BenoĂźt Da Costa. On sent bien que, suite Ă  la crise du COVID, les gens se sont tournĂ©s vers d’autres professions. Par contre, en ce qui concerne les encadrants, les maĂźtres et maĂźtresses socioprofessionnel·le·s, cela pose moins de problĂšme.”

    Le restaurant d’application La Pinte Vaudoise mis en place par GastroVaud est aux premiĂšres loges pour observer le dĂ©samour actuel pour les mĂ©tiers de la restauration. GaĂ«l Brandy est le chef de cuisine de ce lieu ouvert au public, et qui propose un Programme d’Emplois Temporaires et d’Emplois d’Insertion avec le Service de l’emploi (voir vidĂ©o ci-dessous). “Les restaurateurs nous appellent rĂ©guliĂšrement pour savoir si nous avons du personnel qui serait Ă  disposition, notamment pour la pĂ©riode estivale, relate-t-il. C’est trĂšs compliquĂ© parce que, de notre cĂŽtĂ©, mĂȘme avec le Service de l’emploi, nous avons de la peine Ă  trouver du monde pour participer Ă  notre programme. On ressent vraiment que le personnel dans la restauration a quelque peu quittĂ© le navire.”

    Un métier difficile, mais source de satisfaction
    Dans les cuisines de La Pinte Vaudoise depuis de nombreuses annĂ©es, ce chef passionnĂ© essaie de se rassurer : “c’est un si beau mĂ©tier, la restauration, je pense que les gens vont revenir”. Mais il remarque que les restaurateurs sont trĂšs inquiets, car ces difficultĂ©s ne sont pas seulement conjoncturelles. De nombreux·euses employé·e·s se sont en effet rendu compte qu’ils pouvaient exercer une autre profession, avec des conditions plus confortables, et il est difficile d’imaginer leur retour.

    Les responsables des mesures en lien avec la restauration devront donc trouver les mots pour convaincre d’éventuel·le·s bĂ©nĂ©ficiaires de choisir cette voie professionnelle. “Notre travail est de montrer que ce domaine a certes ses contraintes, mais il est aussi une grande source de satisfaction, conclut Emmanuelle Rossier. Notre gĂ©rant Ă  L’Union, qui connaĂźt parfaitement le domaine de la restauration et de l’hĂŽtellerie, aime bien rappeler qu’il s’agit d’un des seuls corps de mĂ©tier oĂč l’on est remerciĂ© tous les jours. Et puis, la restauration, c’est un domaine liĂ© au plaisir, ce qui est extrĂȘmement valorisant.”

    Plusieurs membres d’Insertion Vaud ont des activitĂ©s en lien avec l’hĂŽtellerie et la restauration (restaurant d’application, service traiteur, etc.). La liste est consultable ici (choisir « Domaine de prĂ©paration professionnelle: HĂŽtellerie / Restauration »): https://insertion-vaud.ch/membres/ .

  • Placeholder

    Booster l’insertion – article dans le dernier numĂ©ro d’ActualitĂ©Sociale

    Notre article sur l’impact et l’utilisation des nouvelles technologies dans le domaine de l’insertion, en lien avec notre newsletter de dĂ©cembre 2021, a Ă©tĂ© publiĂ© dans le dernier numĂ©ro de la revue ActualitĂ©Sociale éditĂ© par AvenirSocial.

    À lire ci-dessous en version pdf.

  • Les nouvelles technologies pour booster l’insertion

    Les nouvelles technologies pour booster l’insertion

    Identification faciale

    ©iStock/metamorworks

    Encore peu utilisĂ©es, les innovations technologiques pourraient parfois amĂ©liorer la prise en charge dans les mesures d’insertion. Mais le coĂ»t reste un frein important.

    Intelligence artificielle, objets connectĂ©s, rĂ©alitĂ© virtuelle, blockchain
 Les innovations technologiques nous sont souvent vendues comme les leviers d’une prochaine rĂ©volution numĂ©rique : un monde toujours plus connectĂ©, dĂ©centralisĂ© et automatisĂ©. Au-delĂ  des craintes que peuvent susciter ces Ă©volutions, notamment les aspects liĂ©s Ă  la protection de la vie privĂ©e, certains outils, lorsque leur utilisation est bien encadrĂ©e, amĂ©liorent l’apprentissage et la mise en situation en simulant le rĂ©el. Dans ce cadre, nous avons voulu savoir si les nouvelles technologies Ă©taient utilisĂ©es ou suscitaient de l’intĂ©rĂȘt dans l’insertion socioprofessionnelle.

    Mais un constat s’est rapidement imposĂ© : il est difficile de trouver des exemples concrets parmi les membres d’Insertion Vaud. “Nous avons souvent la tĂȘte dans le guidon, avec des mesures d’insertion qui satisfont les institutions qui nous financent, relate Cathy-Jill Barraud, directrice d’IPT Vaud. Il n’est donc pas facile de se pencher sur des projets d’amĂ©lioration innovants utilisant des nouvelles technologies.” Un problĂšme de temps et de ressources, mais aussi d’argent. “Nous avons certes voulu tester l’utilisation d’un logiciel pour simuler les entretiens d’embauche avec un avatar numĂ©rique, poursuit-elle. Mais les coĂ»ts Ă©taient malheureusement trop Ă©levĂ©s pour poursuivre l’expĂ©rience.”

    MĂȘme problĂ©matique du cĂŽtĂ© de Lab4tech, une mesure active qui s’adresse aux demandeur·euse·s d’emploi du domaine de l’informatique spĂ©cialisĂ©e. « Nous avons dĂ©cidĂ© de tester le logiciel Vima, une plateforme externe affiliĂ©e Ă  l’institut de recherche Idiap Ă  Martigny, explique son directeur Olivier Vanhiesbecq. Celle-ci analyse, avec des outils d’intelligence artificielle, le comportement Ă  travers des enregistrements vidĂ©o. Pour l’instant, le frein principal est le coĂ»t. Étant subventionnĂ©s Ă  100% par le SDE (Service de l’emploi – logistique des mesures du marchĂ© du travail), nous devrons montrer le bĂ©nĂ©fice d’un tel outil pour pouvoir profiter d’un financement, mĂȘme si, au final, le coĂ»t n’est pas exorbitant : entre 1’500 et 3’000 francs de frais annuels et entre 20 et 70 francs pour chaque utilisation. »

    L’intelligence artificielle plus alerte que l’oeil humain

    Les tests effectuĂ©s par Lab4tech sont trĂšs rĂ©cents et encore en cours, mais les premiers rĂ©sultats sont concluants. “Il suffit d’un ordinateur, d’une webcam et d’une piĂšce bien Ă©clairĂ©e pour utiliser Vima. L’intelligence artificielle dĂ©cĂšle alors des choses que l’Ɠil humain ne voit pas, par exemple lorsque l’expression corporelle n’est pas en adĂ©quation avec le message qui est communiquĂ©. Nous pouvons ensuite faire un retour aux candidat·e·s pour qu’ils puissent amĂ©liorer leur prĂ©sentation.”

    Parfois, des solutions plus simples existent sans grand investissement financier. Lab4tech utilise ainsi le jeu informatique de construction Minecraft pour aider les bĂ©nĂ©ficiaires Ă  comprendre la mĂ©thodologie Scrum visant Ă  encadrer le dĂ©veloppement de projets informatiques. “Avec ce jeu, nous simulons des situations qui pourraient se passer dans la vraie vie, par exemple lors d’un projet de dĂ©veloppement d’un site internet, dĂ©clare le formateur Samuel Keller. Mais l’utilisation de nouvelles technologies sert plus, ici, Ă  combler le fait de travailler Ă  distance du fait de la situation sanitaire. Avant, nous avions la mĂȘme dĂ©marche, mais avec des Lego.”

    L’utilisation de jeux informatiques dans l’insertion professionnelle pourrait se dĂ©velopper Ă  l’avenir. AppelĂ©s parfois “serious game” ou jeux sĂ©rieux, ces outils intĂšgrent des aspects ludiques pour faciliter l’apprentissage. Selon certaines Ă©tudes, “79% des apprenant·e·s dĂ©clarent qu’ils seraient plus productifs et motivĂ©s si leur environnement d’apprentissage Ă©tait plus ludique”, relatait un article de la revue REISO l’annĂ©e derniĂšre. Un chiffre que confirme une étude comparative française. Selon ses conclusions, “les impacts des serious games sur les apprentissages et la motivation semblent constituer un levier important pour la rĂ©ussite des dĂ©marches d’accompagnement vers l’insertion”.

    Réalité augmentée pour assimiler les métiers de la construction

    Enfin, pour dĂ©velopper des projets technologiques ambitieux, reste la solution de la collaboration et la recherche de fonds publics. C’est la stratĂ©gie adoptĂ©e par l’Organisation romande pour la formation et l’intĂ©gration (Orif), Ă  Sion. Elle a pu dĂ©velopper un outil spĂ©cifique en collaborant avec une haute Ă©cole. L’antenne de Sion s’est ainsi alliĂ©e Ă  la HES-SO Valais et a obtenu un financement de l’Agence suisse pour l’encouragement de l’innovation (Innosuisse) Ă  hauteur de 350’000 francs. Le rĂ©sultat : un outil innovant utilisant la rĂ©alitĂ© augmentĂ©e afin de faciliter l’apprentissage des mĂ©tiers de la construction (voir vidĂ©o : “Une application pour lire les plans 2D”). Encore en phase de dĂ©veloppement, ce projet pourra ĂȘtre dĂ©ployĂ© dans les diffĂ©rentes antennes Orif en Suisse, ainsi que dans d’autres centres de formations, lorsqu’il sera prĂȘt. Les maĂźtres socio-professionnels de l’Orif Sion utilisent Ă©galement la rĂ©alitĂ© augmentĂ©e pour amĂ©liorer l’apprentissage de la soudure (voire vidĂ©o : “RĂ©alitĂ© augmentĂ©e pour apprendre Ă  souder”).

    Reportages vidĂ©os : deux exemples d’utilisation des technologies dans le cadre de mesures d’insertion

  • L’insertion au coeur du recyclage informatique

    L’insertion au coeur du recyclage informatique

    Recyclage

    © Creative Comons – flickr/Marc Wathieu

    Le mĂ©dia Heidi.news s’est penchĂ© sur le recyclage informatique en Suisse. La branche bĂ©nĂ©ficie du travail des ateliers d’insertion, comme ceux de la Fondation Mode d’emploi.

    C’est une “plongĂ©e dans la chaĂźne du recyclage des appareils Ă©lectriques” proposĂ©e par heidi.news le 6 octobre dernier. Un dĂ©cryptage instructif qui montre l’ampleur de la tĂąche. Au Mediamarkt de Crissier, par exemple, “une dizaine de palettes d’un poids moyen de 250 kg” sont collectĂ©es chaque semaine. 

    En Suisse, le matĂ©riel Ă©lectronique et informatique usagĂ© est traitĂ© par Swico Recycling, Ce systĂšme de reprise national Ă  but non lucratif est financĂ© par la contribution anticipĂ©e de recyclage (CAR), “une taxe payĂ©e par les consommateurs lors de l’achat du produit”. Swico Recycling collabore avec 90 ateliers dans lesquels des personnes dĂ©montent des ordinateurs, Ă©crans, smartphones et autres appareils pour que les diffĂ©rents composants puissent ĂȘtre traitĂ©s sĂ©parĂ©ment. Or ce travail est notamment opĂ©rĂ© par des structures d’insertion. C’est le cas Ă  Yverdon, oĂč les appareils Ă©lectroniques collectĂ©s par la dĂ©chetterie sont transmis Ă  l’atelier de la Fondation Mode d’emploi. 

    Article à lire en intégralité sur: https://www.heidi.news/explorations/green-it-ou-les-paris-suisses-de-l-informatique-durable/le-reseau-tentaculaire-du-recyclage-informatique-suisse

  • Soutien pour les jeunes adultes

    Soutien pour les jeunes adultes

    ontecoute

    Lancé au mois de juin dernier, le site ontecoute.ch vient en aide aux 18-25 ans, en leur proposant des réponses à leurs questions, des jeux, des articles et un espace de discussion.

    L’association romande CIAO, qui gĂšre le site ciao.ch destinĂ© aux 11-20 ans, a lancĂ© ce printemps une plateforme similaire pour les 18-25 ans: ontecoute.ch. Les jeunes adultes y trouvent des informations et des rĂ©ponses Ă  des questions relatives Ă  la sexualitĂ©, aux discriminations, aux formations et au travail, ou encore Ă  des problĂšmes d’alcool, d’argent ou de drogue.

    Le projet, d’abord dans une version pilote, sera proposĂ© jusqu’à la fin de l’annĂ©e avec une possible pĂ©rennisation dĂšs 2022, prĂ©cisait l’association ce printemps. Onze institutions partenaires de l’ensemble de la Romandie participent Ă  la plateforme et d’autres encore devraient les rejoindre cet automne.

    De maniĂšre plus gĂ©nĂ©rale, le canton de Vaud a annoncĂ© ce 5 octobre vouloir “intensifier le soutien Ă  la jeunesse en temps de pandĂ©mie”. Des fonds dĂ©bloquĂ©s ont permis ou permettront de financer une sĂ©rie de mesures dont fait partie cette extension des prestations de l’association CIAO Ă  un public plus ĂągĂ©.

  • TransidentitĂ©s et insertion: “J’aurais pu mieux prĂ©parer mon coming-out au travail »

    TransidentitĂ©s et insertion: “J’aurais pu mieux prĂ©parer mon coming-out au travail »

    raphaelle

    ©Insertion Vaud

    Une meilleure intĂ©gration des personnes trans*1 passe aussi par le dĂ©veloppement d’environnement de travail soutenant lorsqu’une personne fait son coming-out et opĂšre une transition en cours d’emploi. Exemple avec RaphaĂ«lle Guglielmetti de la police de Nyon, probable premiĂšre policiĂšre Ă  avoir transitionnĂ© en cours d’emploi en Suisse.

    “Ma transition s’est faite en deux phases, commence RaphaĂ«lle Guglielmetti. Mon premier coming-out Ă©tait en tant que personne “gender fluid”. Je naviguais entre les genres, affichant tant du masculin que du fĂ©minin qu’un entre-deux. Or comme je travaillais et habitais dans la mĂȘme ville, je me suis dit qu’il fallait l’annoncer Ă  mon employeur et mes collĂšgues au cas oĂč je me ferais contrĂŽler au volant de mon vĂ©hicule. Puis je me suis rendue compte assez vite que j’étais une femme, et j’ai donc fait un deuxiĂšme coming-out en tant que femme trans* non-binaire.” 

    Cette deuxiĂšme Ă©tape se fera alors un peu maladroitement. “Je n’ai pas Ă©tĂ© accompagnĂ©e par une association ce qui, avec du recul, Ă©tait peut-ĂȘtre une erreur, estime-t-elle. Par exemple, j’ai dit Ă  mon employeur que jusqu’au terme de mon parcours (que j’estimais Ă  deux ans) je pourrais afficher du masculin. Une association m’aurait alors fait comprendre que je me faisais des illusions. Lorsqu’on a le ressenti d’ĂȘtre d’un autre genre que celui assignĂ© Ă  la naissance, le repousser Ă  plus tard crĂ©e de la souffrance. Certes dans mon cas c’était femme, mais une formulation plus gĂ©nĂ©rique peut permettre Ă  une autre personne trans* de mieux s’identifier. Et puis, lorsque l’on fait un travail sur sa voix, par exemple, on ne peut pas le faire juste sur son temps libre, en dehors du travail. C’est un travail qui doit ĂȘtre continu.”

    Lors de ce coming-out, RaphaĂ«lle Guglielmetti s’est toutefois sentie soutenue. Elle et son employeur n’ont alors pas jugĂ© nĂ©cessaire de communiquer officiellement Ă  tous les collaborateurs. “Cela n’était pas forcĂ©ment judicieux, relate-t-elle. D’un cĂŽtĂ©, des gens me soutenaient naturellement et utilisaient des pronoms fĂ©minins pour me parler, mais ils ne se sentaient pas lĂ©gitimes de le faire. Et de l’autre, des collĂšgues me critiquaient derriĂšre mon dos et se sentaient le droit de le faire parce que rien n’avait Ă©tĂ© clairement annoncĂ©.” La direction a alors rapidement rectifiĂ© le tir en envoyant un courriel, clairement positionnĂ© en soutient, Ă  tous les collaborateurs. « la dynamique est alors devenue plus positive et acceptante. »

    Manque de formations

    Pour RaphaĂ«lle Guglielmetti, ces couacs sont sans doute le fait d’un manque d’accompagnement et de formations, que cela soit dans le monde du travail, mais aussi dans le milieu mĂ©dical ou dans la sociĂ©tĂ© dans son ensemble. Parce que la thĂ©matique des transidentitĂ©s n’est encore que peu connue pour toute une partie de la population. “La gĂ©nĂ©ration Z est beaucoup plus en avance sur ces thĂšmes-là », poursuit-elle. Elle estime qu’un manque de connaissance des gĂ©nĂ©rations plus anciennes n’est pas bon pour la sociĂ©tĂ©, parce que cela ne fait qu’agrandir les incomprĂ©hensions entre les jeunes et les adultes.

    Enfin, lorsque l’on interroge RaphaĂ«lle Guglielmetti sur comment amĂ©liorer l’insertion socioprofessionnelle des personnes trans*, elle propose plusieurs pistes : “Pour les personnes concernĂ©es, je pense qu’il est toujours mieux de faire son coming-out, d’ĂȘtre le plus en accord avec soi-mĂȘme. Cela donne de la confiance et de la force dans le processus d’insertion. Et si un employeur potentiel met de cĂŽtĂ© votre dossier de candidature pour cela, ce n’est finalement pas si grave parce que cela n’aurait de toute façon pas Ă©tĂ© un environnement de travail accueillant pour une personne trans*. Et du cĂŽtĂ© des accompagnants, je conseille d’ĂȘtre le plus ouvert et accueillant possible. Il y a la formation, bien sĂ»r, mais aussi la prĂ©sence de flyers, de signes distinctifs LGBTQI+. Et puis, on peut aussi accueillir les personnes en donnant ses pronoms et en leur demandant par quels pronoms ils souhaitent ĂȘtre identifiĂ©s. Ce sont de petites choses qui permettent d’aider les personnes Ă  communiquer.”

    1 Le * à trans* a été ajouté par volonté de la personne interviewée pour inclure toutes les transidentités

  • Placeholder

    Transidentités et insertion: situations vécues par nos membres

    Laurence Baud, responsable des services d’orientation / Psychologue conseillĂšre en orientation chez FuturPlus, et StĂ©phane Bessire, Responsable de structure, scenicprod (DĂ©marche), nous font part de leurs expĂ©riences avec des personnes trans qui ont suivi une mesure d’insertion.

    Laurence Baud, responsable des services d’orientation / Psychologue conseillùre en orientation chez FuturPlus:

    “J’ai suivi des jeunes concernĂ©.e.s par cette thĂ©matique, gĂ©nĂ©ralement universitaires et dĂ©sirant des conseils sur une rĂ©orientation de leur formation. Chaque situation est unique. Par exemple, l’un de ces jeunes s’était prĂ©sentĂ© sur le formulaire d’inscription avec un “.e” Ă  la fin de son prĂ©nom. Je n’y avais pas vraiment fait attention avant l’entretien. Ce n’est que durant le rendez-vous, en abordant les questions liĂ©es aux loisirs et autres aspects sociaux, qu’elle m’a expliquĂ© ĂȘtre en questionnement soit sur une Ă©ventuelle transition soit sur la possibilitĂ© d’une identitĂ© non-binaire. Dans d’autres situations, la transition est acquise; j’ai reçu, par exemple, une personne nĂ©e fille qui avait dĂ©jĂ  transitionnĂ© en homme. LĂ  aussi, je ne le savais pas au dĂ©but de l’entretien. Il m’a annoncĂ© ĂȘtre trĂšs militant pour la cause trans et c’est de cette maniĂšre qu’on abordĂ© le sujet. Je n’étais pas vraiment prĂ©parĂ©e Ă  aborder ces questions dans le cadre de mon travail, si ce n’est de maniĂšre gĂ©nĂ©rale via ma formation en psychologie. D’un cĂŽtĂ©, je pense que c’était intĂ©ressant de ne pas l’ĂȘtre, cela a amenĂ© une forme de spontanĂ©itĂ© dans nos Ă©changes. Ces rencontres m’apportent beaucoup de connaissances et de comprĂ©hension et me permettent aussi d’apprendre Ă  travers l’accompagnement. Mais d’un autre cĂŽtĂ©, si Ă  l’avenir quelqu’un me pose par exemple des questions sur les bonnes pratiques en lien Ă  la rĂ©daction d’un dossier de postulation par exemple, je trouverai intĂ©ressant d’avoir des connaissances plus spĂ©cifiques afin de pouvoir conseiller efficacement les bĂ©nĂ©ficiaires de nos mesures qui sont concernĂ©s par la thĂ©matique des transidentitĂ©s.”


    Stéphane Bessire, Responsable de structure, scenicprod (Démarche):

    “Nous avons eu quelques cas en lien avec la thĂ©matique des transidentitĂ©s. Un jeune est arrivĂ© dans notre structure en tant que garçon, alors qu’il avait commencĂ© son suivi d’insertion en tant que fille. Cette situation n’a pas Ă©tĂ© confrontante au sein de scenicprod, car nous en avons discutĂ© en interne et Ă©tions attentifs. La transition avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© effectuĂ©e, aussi bien administrativement que physiquement, et il n’y a eu aucun questionnement ou difficultĂ©, aussi bien du cĂŽtĂ© des encadrants que des autres participants. Une autre personne, avec une identitĂ© administrative fĂ©minine, est arrivĂ©e et nous a dit s’identifier avec le pronom “il”. Cela nous a un peu interpelĂ©. Une de nos prĂ©occupations principales, en tant que structure accompagnant des jeunes dans des mesures visant Ă  favoriser leur insertion sur le premier marchĂ©, est de prĂ©parer ces personnes Ă  ce qu’ils peuvent ĂȘtre confrontĂ©s, par exemple face Ă  de potentiels employeurs. Nous l’avons donc sensibilisĂ© Ă  cela, les interrogations que pourrait avoir un employeur face Ă  cette divergence entre l’identitĂ© de genre administrative et celle dĂ©sirĂ©e. D’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, nous essayons d’informer les jeunes sur les diffĂ©rentes ressources Ă  disposition via les suivis hebdomadaires complĂ©tĂ©s par un panneau d’affichage qui contient des adresses, cartes de visites ou flyers des diffĂ©rentes associations. Et si besoin un suivi rĂ©gulier avec un spĂ©cialiste sera organisĂ©.”