Catégorie : Reportage

  • La roue tourne et un cycle se termine pour la mesure Patrimoine au fil de l’eau

    La roue tourne et un cycle se termine pour la mesure Patrimoine au fil de l’eau

    BientĂŽt chassĂ©e des Moulins Rod Ă  Orbe par le propriĂ©taire dĂ©sireux de crĂ©er des appartements dans ce bĂątiment historique, l’association DĂ©veloppement 21 prĂ©pare un dernier week-end de portes ouvertes les 26 et 27 septembre 2020. L’occasion d’un bilan pour ce projet qui a alliĂ© pendant douze saisons culture, nature et insertion, et qui prĂ©voit dĂ©jĂ  d’autres rĂ©alisations pour la suite.

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    ©Insertion Vaud

    Au pied du plus vieux pont en pierre de Suisse, les flots d’un canal dĂ©rivĂ© de l’Orbe ont alimentĂ© pendant plus de six siĂšcles une minoterie devenue centrale Ă©lectrique aprĂšs la RĂ©volution industrielle. De cet incroyable dĂ©dale de calcaire, machines, poutres et vieux planchers, un musĂ©e est nĂ© en 2009 grĂące Ă  un petit groupe de passionnĂ©s entraĂźnĂ©s par le sculpteur Pierre-AndrĂ© Vuitel au sein de l’association DĂ©veloppement 21.

    Les Moulins Rod n’ont pas transformĂ© que du grain et de l’énergie hydraulique. Quelque 350 bĂ©nĂ©ficiaires du Revenu d’insertion (RI), placĂ©s par le Service de l’emploi dans le cadre de la mesure Patrimoine au fil de l’eau, auront contribuĂ© sous diverses formes Ă  rĂ©habiliter, entretenir et animer les lieux au cours des douze annĂ©es d’activitĂ© pendant lesquelles le musĂ©e a vu passer prĂšs de 36’000 visiteurs.

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    DerniĂšre rĂ©alisation en date : la pose, entre avril et mai 2020, de huit panneaux et seize cartes didactiques dans un rayon de 9 kilomĂštres autour d’Orbe pour valoriser le patrimoine naturel et bĂąti de la rĂ©gion. Les participants de la mesure y travaillaient depuis plus d’une annĂ©e, et certains ont mĂȘme voulu encore finaliser les textes et mises en page depuis chez eux pendant le dĂ©but du confinement pour aller au bout du projet. Ces panneaux prĂ©sentent aux promeneurs des explications en français et allemand sur des curiositĂ©s architecturales, techniques ou archĂ©ologiques propres Ă  chaque site, agrĂ©mentĂ©es de photos et d’un QR code pour visionner une vidĂ©o sur chacun des thĂšmes. Le site internet www.richesses-patrimoniales.ch, auquel ont contribuĂ© quelques-uns des participants de la mesure, recense tous ces trĂ©sors.

    Compétences et considération

    « Nous Ă©tions forts pour permettre Ă  chacun d’exprimer toutes ses compĂ©tences et se reconsidĂ©rer », relĂšve Pierre-AndrĂ© Vuitel. Les participants ont ainsi pu exercer diffĂ©rentes activitĂ©s au fil du temps, allant des mĂ©tiers manuels nĂ©cessaires Ă  la rĂ©habilitation des lieux et l’entretien du musĂ©e, jusqu’aux travaux de recherche plus intellectuels pour la mise sur pied et la communication des nombreuses expositions et publications de l’association, en passant par diffĂ©rentes prestations de service – accueil du public, administration, Ă©critures comptables, conciergerie, etc.

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    « Plusieurs indĂ©pendants se sont retrouvĂ©s au RI sans avoir droit au chĂŽmage, rappelle le maĂźtre des lieux. Nous avons tout le temps eu beaucoup d’imagination pour crĂ©er des postes et nous adapter aux envies de chacun. » Des jeux pour enfants, la construction d’un terrier-hutte de castors, des dĂ©corations spĂ©cifiques et mĂȘme la crĂ©ation d’une vĂ©ritable roue Ă  augets tĂ©moignent de ces initiatives. Restant en moyenne trois Ă  quatre mois, environ 20% des participants ont retrouvĂ© du travail pendant la mesure, mais c’est sans compter les bĂ©nĂ©fices psychosociaux de cette expĂ©rience pour certains participants trĂšs Ă©loignĂ©s du marchĂ© du travail.

    En plus d’ĂȘtre un lieu permanent de vie, de culture et d’activitĂ©s diverses de rĂ©insertion, les Moulins Rod ont aussi Ă©tĂ© le berceau du festival Moulin-mouline, qui depuis 2014 proposait chaque annĂ©e deux semaines de musique, danse, cirque et numĂ©ros de cabaret en fin d’étĂ©, notamment dans la salle de spectacle amĂ©nagĂ©e pour recevoir une centaine de personnes. 4800 spectateurs s’y sont pressĂ©s pour entendre des artistes soit cĂ©lĂšbres, comme Sarclo, Michel BĂŒhler ou Nicolas Fraissinet, soit amateurs, venant surtout de la rĂ©gion et des Ă©coles de musique ou d’arts de la scĂšne.

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    La suite

    Avec la fermeture annoncĂ©e du site pour le 30 septembre, une page se referme et il n’y aura pas de 7e Ă©dition pour le festival, mais un week-end de portes ouvertes gratuites avec la projection d’un film sur les moments-clefs d’activitĂ©s de l’association aux Moulins Rod. D’ici lĂ , le musĂ©e reste ouvert, derniĂšre occasion pour dĂ©couvrir cette surprenante bĂątisse et son fascinant passĂ© de 600 ans, avant qu’un chantier de rĂ©novation n’en efface la plupart des traces.

    Pour la suite, Pierre-AndrĂ© Vuitel fourmille dĂ©jĂ  d’idĂ©es pour crĂ©er d’autres Ă©vĂ©nements dĂšs 2021, comme un festival d’histoire dans le village des ClĂ©es avec marchĂ© mĂ©diĂ©val, confĂ©rences, spectacle son et lumiĂšre, etc. Il annonce vouloir continuer le travail de rĂ©insertion et avoir pour cela reçu des propositions de locaux dans la commune toute proche de Baulmes. « Nous espĂ©rons poursuivre nos activitĂ©s de valorisation du patrimoine rĂ©gional au service de l’insertion, dit-il. Les besoins vont ĂȘtre en augmentation, crise Ă©conomique oblige. Si on peut ĂȘtre encore utile
 On a tout le matĂ©riel et le savoir-faire ! »

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  • Les participant-e-s des mesures d’insertion font face Ă  la crise sanitaire

    Les participant-e-s des mesures d’insertion font face à la crise sanitaire

    Le semi-confinement imposĂ© par la pandĂ©mie du Covid-19 est un coup de massue pour les personnes en recherche d’emploi. Dans ces conditions, celles et ceux qui arrivent malgrĂ© tout Ă  trouver des perspectives sont une minoritĂ©. Mais cela rend ces succĂšs d’autant plus rĂ©jouissants. D’oĂč l’envie de partager quelques-unes de ces histoires glanĂ©es auprĂšs d’organismes membres d’Insertion Vaud.

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    Depuis tout juste une annĂ©e, Mathias* suivait la mesure DiversCitĂ©s chez Emploi Lausanne, un programme qui propose aux bĂ©nĂ©ficiaires du Revenu d’insertion (RI) des activitĂ©s d’utilitĂ© publique visant la reprise progressive d’un rythme de vie. N’ayant plus travaillĂ© depuis 2013, le jeune homme de 36 ans avait peu de succĂšs Ă  mettre Ă  son actif, mais une conviction : « Celle de vouloir exercer une activitĂ© lui permettant de rendre service aux autres », raconte son conseiller en insertion, Mario Pasqualone.

    D’oĂč l’idĂ©e d’orienter les recherches sur le mĂ©tier d’assistant socio-Ă©ducatif (ASE). AprĂšs de nombreuses tentatives, Mathias a dĂ©crochĂ© deux stages dans des Ă©tablissements mĂ©dico-sociaux (EMS) gĂ©rĂ©s par un grand groupe de la rĂ©gion. Et le 15 avril, en pleine tourmente du coronavirus, l’institution a dĂ©cidĂ© de l’engager en CDD d’une annĂ©e, promettant si tout va bien de le garder ensuite avec un salaire d’aide animateur Ă  80% afin qu’il puisse se prĂ©parer en parallĂšle Ă  passer son certificat fĂ©dĂ©ral de capacitĂ©.

    Mathias a convaincu l’employeur grĂące Ă  « son implication, son sens des responsabilitĂ©s, son envie d’apprendre et son humilitĂ©. Durant cette pĂ©riode de crise sanitaire, il a Ă©tĂ© plus que jamais fidĂšle au poste et utile aux rĂ©sidents et Ă  l’institution, touchĂ©e comme tant d’autres EMS de notre canton par le Covid-19 », tĂ©moigne son conseiller.

    Ce dĂ©nouement exemplaire est loin d’ĂȘtre anecdotique. A l’Orif, une bĂ©nĂ©ficiaire de l’assurance-invaliditĂ© a Ă©tĂ© engagĂ©e au 1er avril en CDI Ă  50% pour travailler dans l’intendance d’un EMS aprĂšs un stage de 6 mois, rapporte entre autres Vincent Botet, directeur du Service intĂ©gration.

    MĂȘme des personnes Ă  l’assurance-chĂŽmage, malgrĂ© l’arrĂȘt des mesures du marchĂ© du travail (MMT), arrivent Ă  sortir leur Ă©pingle du jeu, parfois au terme d’un long processus. A la fondation IPT, Ghislaine Salda-Chaverou mentionne notamment cette dame qui vient d’ĂȘtre engagĂ©e en CDD comme planificatrice dans un Centre mĂ©dico-social (CMS) aprĂšs un parcours fortement Ă©prouvant, marquĂ© par un cancer.

    Focus sur la santé

    Le domaine de la santĂ© est bien entendu particuliĂšrement porteur de dĂ©bouchĂ©s en ce moment, notamment parmi les migrants. Chez CEFORI, Centre de Formation et de Ressources pour l’IntĂ©gration, Isabel Perez se rĂ©jouit qu’une de ses apprenantes vienne d’ĂȘtre admise Ă  l’Ecole supĂ©rieure de la santĂ© pour une formation de technicienne en salle d’opĂ©ration Ă  la rentrĂ©e prochaine. L’association l’a suivie pour un renforcement des compĂ©tences de base en français et maths.

    Certains ont des compĂ©tences professionnelles prĂȘtes Ă  servir, mais sont en attente d’une reconnaissance de leur formation, comme ce rĂ©fugiĂ© politique soutenu par l’association 1951 : technicien en analyses biomĂ©dicales dans son pays, il devait faire un stage au CHUV en mai prochain afin de consolider son dossier. Mais vu les circonstances, le stage est remis Ă  plus tard, explique MĂ©lanie Courvoisier. Le participant a donc essayĂ© de se rendre utile autrement au cours des derniĂšres semaines, en faisant les courses pour aider une famille d’autres migrants touchĂ©s par le coronavirus.

    Un défi pour les migrants

    Pour les personnes Ă©trangĂšres, la situation sanitaire exceptionnelle ajoute une difficultĂ© de plus au dĂ©fi de l’intĂ©gration, ce qui donne aux bonnes nouvelles une saveur toute particuliĂšre. A Vevey par exemple, les collaborateurs du Travail Social de ProximitĂ© – Ginkgo sont heureux que deux jeunes ErythrĂ©ens aient tout rĂ©cemment vu leurs perspectives s’éclairer, Ă  la fois sur le front du logement et celui de la formation professionnelle.

    Le premier, en stage rĂ©munĂ©rĂ© d’auxiliaire de santĂ© dans un EMS depuis septembre 2019, a dĂ» libĂ©rer son logement au 31 mars, en pleine crise du coronavirus, et vient heureusement de trouver un studio pour le 1er mai grĂące Ă  l’aide de son Ă©ducateur : « J’ai rĂ©ussi Ă  convaincre la personne, qui travaille dans une agence immobiliĂšre bien connue en Romandie, de l’importance de ce logement qui pouvait permettre au jeune de continuer son parcours professionnel, et j’ai eu la chance de tomber sur quelqu’un sensible Ă  sa situation, qui a su convaincre Ă  son tour le propriĂ©taire d’accepter ce jeune homme comme locataire »,  explique Nicolas Delavy. Quant au stage, il a Ă©tĂ© prolongĂ© jusqu’en juillet 2020, avec comme objectif pour le jeune de suivre ensuite la formation Croix-Rouge.

    Pour l’autre jeune, c’est pendant le confinement que le projet de formation s’est dĂ©bloqué : aprĂšs avoir explorĂ© plusieurs voies, cheminement rendu ardu en raison de ses lacunes scolaires, le jeune homme, « qui n’y croyait plus trop », a obtenu un stage dans une entreprise de constructions mĂ©talliques, ce qui a dĂ©bouchĂ© sur une promesse d’engagement pour un prĂ©apprentissage. Son Ă©ducatrice, Camille Del Boca, explique qu’au dĂ©but de la mesure, ce jeune avait Ă©tĂ© freinĂ© lui aussi par un problĂšme de logement. Et c’est justement le propriĂ©taire de son nouvel appartement qui lui a donnĂ© le contact de son dĂ©sormais futur employeur !

    Pressions sur l’apprentissage

    La situation des jeunes en recherche d’apprentissage prĂ©occupe Ă©normĂ©ment les organismes d’insertion. Dans quelques cas, heureusement, la rentrĂ©e prochaine est assurĂ©e. Ainsi, dans la mesure de transition Coach’in, Ă  la fondation Cherpillod de Payerne, deux jeunes filles viennent d’ĂȘtre engagĂ©es pour une formation de gestionnaire du commerce de dĂ©tail, aprĂšs avoir eu trĂšs peur que tout tombe Ă  l’eau. Une a Ă©tĂ© recrutĂ©e par un grand distributeur alimentaire, sans avoir pu effectuer le stage initialement prĂ©vu et sur la base d’un seul entretien rĂ©alisĂ© juste avant le confinement.

    L’autre avait d’abord vu une promesse d’engagement refusĂ©e par la Direction gĂ©nĂ©rale de l’enseignement postobligatoire car l’entreprise ne rĂ©pondait pas aux exigences. Puis, alors que son moral Ă©tait au plus bas, elle a Ă©tĂ© forcĂ©e de rester en isolement pour avoir Ă©tĂ© en contact avec des personnes infectĂ©es par le Covid-19. Mais elle a eu ensuite l’opportunitĂ© de rĂ©aliser un stage d’une semaine dans une boucherie, qui vient de lui envoyer la confirmation Ă©crite qu’elle pourrait commencer son apprentissage en aoĂ»t. « Nous n’avions encore jamais placĂ© de jeune chez cet employeur-là », relĂšve Tatjana Wasloff, responsable de la mesure. Elle pense que le soutien social et scolaire promis via la mesure AccEnt a Ă©tĂ© un argument rassurant pour le choix de cette candidate. En effet, les apprenti-e-s bĂ©nĂ©ficiaires de l’aide sociale sont suivis tout au long de leur formation par le Centre vaudois d’aide Ă  la jeunesse (CVAJ), un accompagnement apprĂ©ciable pour les entreprises.

    Mais ces exemples encourageants ne doivent pas cacher le fait que pour beaucoup d’aspirants Ă  l’apprentissage, le temps qui passe est de plus en plus prĂ©occupant. « Dans les mĂ©tiers de la construction et de la restauration, la pĂ©riode de mai Ă  juin est dĂ©cisive pour les recrutements », souligne Vincent Botet de l’Orif. Or ce sont les secteurs les plus touchĂ©s par la crise et ils ont d’autres prioritĂ©s actuellement.

    Une grande partie des jeunes et des moins jeunes suivis par les membres d’Insertion Vaud vont donc avoir plus besoin que jamais de soutien. S’il y a un domaine oĂč le travail ne va pas manquer ces prochains mois, c’est bien celui de l’insertion.

    (*) prénom fictif

  • Crise du coronavirus : l’insertion au temps de la dĂ©sertion

    Crise du coronavirus : l’insertion au temps de la dĂ©sertion

    Bureaux vides, Ă©quipes en tĂ©lĂ©travail
 Depuis le 16 mars 2020, une grande partie de l’activitĂ© des organismes prestataires de l’insertion est fortement entravĂ©e, voire Ă  l’arrĂȘt. Mais plusieurs mesures rĂ©sistent : certaines par nĂ©cessitĂ© car elles doivent produire des biens considĂ©rĂ©s comme essentiels, d’autres parce qu’elles ont trouvĂ© des maniĂšres innovantes de poursuivre l’accompagnement de leurs participants. Petit tour non exhaustif de quelques membres d’Insertion Vaud.

    e-learning

    « Rien n’a changĂ©. » Tout le monde ne peut pas en dire autant, depuis que le Covid-19 s’est insinuĂ© dans la vie sociale et Ă©conomique de chaque habitant du pays. Mais pour le directeur de la fondation Jobtrek, la poursuite des cours est assurĂ©e et le coaching fonctionne. La semaine prĂ©cĂ©dant la fermeture des Ă©coles, son Ă©quipe a fait le nĂ©cessaire pour s’assurer que chaque participant ait un compte en ligne et dispose du matĂ©riel nĂ©cessaire. « Les horaires sont maintenus, nous avons juste adaptĂ© les mĂ©thodes », explique Daniel Cazes, selon qui la plupart des jeunes suivis jouent le jeu.

    Comme dans d’autres organismes d’insertion, les participants sont appelĂ©s Ă  utiliser des outils numĂ©riques, et ils sont nombreux. Chez Jobtrek, ce sont les logiciels Microsoft Teams et Skype qui servent Ă  maintenir le lien entre les Ă©quipes et les participants. Pour le coaching, une application spĂ©cifique avait en outre dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dĂ©veloppĂ©e il y a plusieurs mois, qui s’avĂšre particuliĂšrement indispensable aujourd’hui pour suivre l’évolution des jeunes « Trekis ». Des tĂąches spĂ©cifiques peuvent ainsi ĂȘtre confiĂ©es et suivies via leur tĂ©lĂ©phone portable.

    Une palette d’outils numĂ©riques

    Autres mesures, autres techniques. Le centre de formation FuturPlus utilise Zoom, une plateforme de vidĂ©o-confĂ©rences, et a en quelques jours basculĂ© tous ses cours en mode virtuel. « Nous l’utilisions dĂ©jĂ  de maniĂšre ponctuelle, mais dĂšs lundi 16 mars nous avons mis tout le monde dessus », raconte AnaĂŻs Österlöf. La co-directrice relĂšve que certains participants ont un peu peur, mais que la plupart ont plutĂŽt bien accueilli la nouveautĂ©. Les enseignants, quant Ă  eux, « ont travaillĂ© jusque tard tous les soirs de la premiĂšre semaine pour adapter leurs cours. »

    Chez Motiv’Emploi, on a privilĂ©giĂ© les solutions gratuites, comme Glowbl, qui propose une version sans frais pour un nombre restreint d’utilisateurs et de fonctionnalitĂ©s, et mĂȘme House Party, un rĂ©seau social trĂšs populaire chez les jeunes, permettant Ă  plusieurs membres d’un groupe de communiquer simultanĂ©ment, mĂȘme avec un simple smartphone. Et pour ceux dont le Natel est trop ancien, nombreux parmi les participants Ă  faibles moyens, c’est WhatsApp qui s’impose.

    L’association, en grande partie bĂ©nĂ©vole et offrant ses services Ă  des personnes parfois hors de tout filet social, a Ă©galement lancĂ© un appel pour trouver des webcams. Cela lui permettrait d’équiper les 50 PC dont elle dispose et qu’elle pourrait prĂȘter Ă  ses bĂ©nĂ©ficiaires. Son fondateur, Jean-Marc Narr, indique avoir passĂ© tous ses programmes en « distanciel » afin de continuer Ă  suivre les participants.  « Nous essayons de les mettre en garde contre un usage trop intensif des rĂ©seaux sociaux, vraiment anxiogĂšnes en ce moment, et de les prĂ©parer plutĂŽt Ă  l’aprĂšs-crise en travaillant sur les cibles. »

    Finis, les stages

    Skype, WhatsApp et le bon vieux tĂ©lĂ©phone sont aussi mis Ă  contribution chez Nasca Formation, notamment pour sa mesure SeMo Coaching, qui se focalise actuellement sur les nouveaux arrivants, la prĂ©paration de leur dossier de candidature et l’entraĂźnement aux entretiens d’embauche. « Par contre nous ne pouvons organiser aucun stage en entreprise en ce moment. Nous sommes clairement moins efficaces qu’en pĂ©riode normale », reconnaĂźt le co-directeur François Dirren, qui mentionne Ă©galement le site Biceps.ch comme ressource utile pour l’appui scolaire des participants.

    La rÚgle du télétravail

    Rien n’a changĂ© – ou presque – dans un grand nombre de mesures d’insertion qu’il serait impossible de toutes mentionner.

    « Tous les collaborateurs de Mode d’emploi sont en tĂ©lĂ©travail, Ă©quipĂ©s IT, pour poursuivre l’ensemble de nos activitĂ©s. Tous se sont trĂšs bien mis Ă  ces outils gĂ©niaux. Les prestations (hors mesures du marchĂ© du travail – MMT) se poursuivent donc «normalement» Ă  distance
 On peut observer des capacitĂ©s d’adaptation et de crĂ©ativitĂ© rĂ©jouissantes dans ces pĂ©riodes de crise ! », tĂ©moigne par exemple Claudine Robert, directrice de la fondation Mode d’emploi.

    MĂȘme soulagement Ă  la fondation IPT, qui annonce sur LinkedIn – encore un outil numĂ©rique : « GrĂące Ă  notre infrastructure informatique et l’engagement de tout le personnel, le tĂ©lĂ©travail a pu ĂȘtre organisĂ© en quelques jours. Merci Ă  nos 180 collaborateurs-trices en tĂ©lĂ©travail depuis lundi pour leur rapide adaptation, leur motivation et leurs idĂ©es afin de soutenir Ă  distance nos entreprises partenaires ainsi que les personnes accompagnĂ©es. »

    Nourriture, linge propre


    Enfin rien n’a changĂ© – quoique
 – pour certaines activitĂ©s considĂ©rĂ©es comme vitales. Ainsi que le rapporte la directrice du SemoNord, Ingrid Artieda : « Notre atelier Cuisine reste ouvert. En effet, les crĂšches et les garderies continuent d’accueillir les enfants dont les solutions de garde mettraient en danger des personnes Ă  risque, les enfants du personnel soignant et des autres collaborateurs du systĂšme de santĂ©. Nous continuons donc Ă  livrer les repas dans ces structures. » L’atelier Ô’Sec reste Ă©galement ouvert, car le traitement du linge pour les CMS doit continuer Ă  ĂȘtre assurĂ©. Enfin l’atelier Chocolat reste aussi opĂ©rationnel afin de garantir la livraison des sandwiches pour le service de dialyse de l’hĂŽpital d’Yverdon-les-Bains.

    Pareil pour le programme de formation Cuisine de l’EVAM, qui continue d’assurer les repas des deux foyers pour mineurs non accompagnĂ©s. Responsable du PĂŽle Formation pratique, Brigitte Trolliet MĂ©groz souligne que « cette crise nous interroge sur notre maniĂšre de travailler et nous rend crĂ©atifs. » Ainsi les cybercafĂ©s de l’EVAM se transforment en espace d’apprentissage pour les enfants et les apprentis, et des projets naissent pour mutualiser les ressources.

    Autant de dĂ©fis qui montrent que non, rien n’a changé : dans le domaine de l’insertion, il faut sans cesse se rĂ©inventer.

  • ProLog-emploi passe son 10e anniversaire au chevet des plus vulnĂ©rables

    ProLog-emploi passe son 10e anniversaire au chevet des plus vulnérables

    La mesure d’insertion créée en 2010 pour accompagner vers l’emploi des personnes au bĂ©nĂ©fice de l’aide sociale s’est retrouvĂ©e plus utile que jamais pour rĂ©pondre au besoin croissant de personnel dans les Ă©tablissements hospitaliers, mĂ©dico-sociaux et socio-Ă©ducatifs. Les participant-e-s, loin d’ĂȘtre renvoyĂ©s chez eux comme presque partout ailleurs pour Ă©viter la propagation du coronavirus, sont Ă  pied d’Ɠuvre, «courageux et solidaires», tĂ©moigne la responsable de la mesure, qui souligne les gros enjeux d’adaptation sur les lieux de travail en cette pĂ©riode de crise.

    Accompagnement

    2020 aurait dĂ» ĂȘtre l’occasion d’une fĂȘte pour marquer les dix ans de ProLog-emploi, association active uniquement dans le domaine socio-sanitaire, fondĂ©e par la coopĂ©rative DĂ©marche, l’OSEO-Vaud et la fondation Mode d’emploi. C’était sans compter la pandĂ©mie de Covid-19 qui a mis une partie de la population, de l’économie et des mesures d’insertion Ă  l’arrĂȘt depuis la mi-mars, mais a dans le mĂȘme temps intensifiĂ© la pression sur les milieux de la santĂ©. Contrairement aux programmes qui fonctionnent entiĂšrement Ă  distance ou qui ont actionnĂ© le mode pause parmi les organismes membres d’Insertion Vaud, ProLog-emploi est au cƓur de l’action, avec une centaine de candidat-e-s sous contrat dans les EMS et hĂŽpitaux vaudois, mobilisĂ©s auprĂšs de rĂ©sidents et patients, ou en soutien aux Ă©quipes sanitaires.

    « Nous avons fait le tour de nos participants, et la plupart d’entre eux vont bien et sont contents qu’on les appelle. Personne n’a voulu stopper son contrat. Ils font leur travail, voire plus. Je suis impressionnĂ©e de voir Ă  quel point ils sont impliquĂ©s dans leur mission, courageux et solidaires », tĂ©moigne Sandra Dupraz-Millius, responsable de l’association. L’occasion de faire leurs preuves, pour ces participant-e-s engagĂ©s en contrat Ă  durĂ©e dĂ©terminĂ©e (CDD) dans divers mĂ©tiers du domaine sanitaire ? « Absolument ! De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, un grand nombre de candidats sont amenĂ©s Ă  prĂȘter main forte Ă  leurs collĂšgues dans de nouvelles tĂąches. Des administratifs amĂšnent Ă  manger, etc. Dans un grand hĂŽpital du canton, une secrĂ©taire a dĂ» quitter son poste :  c’est alors notre candidate qui a repris le travail de sa rĂ©fĂ©rente au pied levé  », raconte la responsable.

    Un public fragile

    Sandra Dupraz-Millius relĂšve que les 106 personnes actuellement en CDD de 10 mois dans le cadre de la mesure – 47 en intendance, technique ou logistique, 22 en cuisine ou cafĂ©tĂ©ria, 20 en soins comme auxiliaires de santĂ© et 17 en administration – sont elles-mĂȘmes pour la plupart en situation de vulnĂ©rabilitĂ©. « Beaucoup parlent mal le français et ne comprennent pas bien ce qu’il se passe. Certaines de ces personnes vivent isolĂ©es, loin de leur famille, ont peu d’amis ici ou Ă©lĂšvent seules leurs enfants. C’est un public fragile, avec parfois Ă©galement des problĂ©matiques de santĂ©. Heureusement la Croix-Rouge a Ă©dictĂ© des recommandations qui ont Ă©tĂ© traduites dans plusieurs langues. Nous les avons partagĂ©es avec nos candidats. »

    Certains Ă©tablissements ont d’ailleurs demandĂ© aux personnes souffrant de maladies chroniques de ne plus venir travailler par prĂ©caution. Cette situation particuliĂšre demande un travail important aux conseillĂšres en placement afin de rester en contact avec tous les candidat-e-s pour les soutenir, les rassurer et les orienter si besoin. Les visites Ă©tant suspendues dans les Ă©tablissements de soins, les conseillĂšres s’organisent pour proposer un suivi sur le lieu de travail par tĂ©lĂ©phone ou par Skype.

    « Certains candidats vivent cette pĂ©riode avec apprĂ©hension, mais dans l’ensemble tout se passe bien, car dans ces institutions les questions d’hygiĂšne et de protection sont particuliĂšrement prises au sĂ©rieux », affirme la responsable. Cela ne l’empĂȘche pas de se dire soucieuse pour ses participant-e-s, dont certains n’ont mĂȘme pas de mĂ©decin traitant. Elle salue aussi « les gestes de solidaritĂ© qui s’expriment ici et lĂ , de la part des Ă©tablissements clients qui se soucient du bien-ĂȘtre et de la santĂ© de nos candidats ».

    Hausse des demandes

    En cette pĂ©riode exceptionnelle, la demande de personnel pourrait bien augmenter dans les milieux sanitaires et les cinq conseillĂšres en placement de ProLog-emploi, toutes en tĂ©lĂ©travail, sont prĂȘtes Ă  rĂ©pondre aux nombreuses institutions clientes pour leur proposer des candidat-e-s. « Nous avons actuellement 38 personnes admises dans la mesure qui pourraient ĂȘtre placĂ©es, et une dizaine d’entretiens d’admission Ă  fixer, ce qui pourrait augmenter la capacité », dĂ©taille Sandra Dupraz-Millius.

    Elle ajoute cependant que contrairement Ă  l’ordinaire, les cours pour auxiliaires de santĂ© sont suspendus du cĂŽtĂ© des partenaires Croix-Rouge et HĂ©viva. Normalement, les personnes bĂ©nĂ©ficiant de la mesure ProLog-emploi qui se spĂ©cialisent comme auxiliaires de santĂ© ont 120 heures de formation Ă  effectuer et Ă  valider avant la fin de leur CDD chez l’employeur. Certains candidat-e-s – tous mĂ©tiers confondus – ont Ă©galement des cours de français qui sont actuellement donnĂ©s Ă  distance par la formatrice indĂ©pendante qui collabore avec l’association.

    Sortir de l’aide sociale

    Du cĂŽtĂ© du principal mandant de la mesure, la Direction gĂ©nĂ©rale de la cohĂ©sion sociale, la demande ne tarit pas non plus. « Les assistants sociaux et les coachs d’autres organismes continuent de nous envoyer des e-mails pour placer des bĂ©nĂ©ficiaires en mesure d’insertion », relate Sandra Dupraz-Millius. Signe des temps, en cette pĂ©riode de tĂ©lĂ©travail, mais Ă©galement signe que la mesure est jugĂ©e pertinente Ă  double titre : parce qu’elle rĂ©pond aux besoins de personnel au moment oĂč la santĂ© est au cƓur de toutes les prĂ©occupations, et parce qu’elle permet Ă  des personnes fragilisĂ©es de sortir de l’aide sociale, totalement ou partiellement selon la situation familiale. Un CDD signĂ© Ă  travers ProLog-emploi, c’est 4000 francs bruts assurĂ©s pour les bĂ©nĂ©ficiaires Ă  plein temps, financĂ©s par le Fonds de rĂ©insertion auquel cotisent les quelque 130 entreprises partenaires – soit la plupart des EMS et tous les hĂŽpitaux publics importants du canton.

    Un CDD via ProLog-emploi, c’est aussi, bien souvent, la perspective d’un emploi durable par la suite. En effet, les chiffres de l’an dernier indiquent un taux de placement de 61% suite aux CDD conclus dans le cadre de ProLog-emploi, et une moyenne de 56% sur l’ensemble des dix ans Ă©coulĂ©s. En tout, 725 CDD ont Ă©tĂ© achevĂ©s depuis le dĂ©but de ProLog-emploi en 2010, et 406 candidats engagĂ©s suite Ă  leur CDD. Un trĂšs beau succĂšs qu’il s’agira de fĂȘter dignement une fois la crise passĂ©e. Quand les collaboratrices et les candidat-e-s de ProLog-emploi pourront souffler un peu.

    >> Vers le site de ProLog-emploi

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