Interview d’Yves Ecoeur, nouveau président d’Insertion Vaud depuis mai 2025

Élu à la présidence d’Insertion Vaud en 2025, Yves Ecoeur prend la suite d’une longue période de stabilité à la tête de la faîtière. Fort d’un parcours à la croisée de l’insertion professionnelle et de l’engagement politique, il partage sa vision pour les années à venir et les priorités qui guideront
son mandat.

Peux-tu te présenter en quelques mots et nous parler de ton parcours ?

Toute ma carrière professionnelle a été en lien avec les politiques publiques ou l’insertion que ce soit dans l’assistanat à l’IDHEAP de Lausanne, au Département de la Prévoyance sociale ou ensuite à l’OSEO Valais puis Vaud. Je me considère comme un entrepreneur de l’insertion et ce qui me fait me lever le matin, tôt dans mon cas, c’est de pouvoir développer, créer et faire perdurer des programmes dans le vaste terrain de l’insertion socio-professionnelle.

Qu’est-ce qui t’a motivé à t’engager dans la présidence d’Insertion Vaud ?

Disons surtout, que la place était à repourvoir et j’ai été encouragé. Mon activité à l’OSEO Vaud me suffit mais je me suis dit que mettre à disposition mes quelques compétences et expériences pourrait être pertinent. Il s’agit aussi de redonner à Insertion Vaud un peu de ce que l’on peut, comme membre, recevoir.

Tu succèdes à une présidence de plus de 20 ans. Comment abordes-tu cette transition ?

Avec confiance, car je connais l’engagement et le professionnalisme du secrétariat d’Insertion Vaud. Avec respect, car il n’est pas évident de succéder à Stéphane Manco, mais le comité pourra encore bénéficier de son expérience et de son réseau étendu. Vu mon âge respectable, 60 ans, je
considère aussi ma présidence comme une phase de transition, car il est important que de nouvelles énergies et méthodes émergent, aussi dans le comité.

Ton parcours inclut un engagement politique. En quoi cela influence-t-il ta manière d’aborder ce rôle ?

J’ai été durant 12 ans député au Grand conseil valaisan et également Conseiller général à Martigny où je réside. Durant ces années, j’ai bien pu connaître le fonctionnement de l’appareil d’état, un canton ou une commune, et aussi comprendre le fonctionnement administratif sous-tendant les
politiques publiques. Cela permet de conscientiser les contraintes et les pressions qui baignent les politiques. Ces expériences permettent de faire la part des choses entre les acteurs et le système, pour paraphraser le titre d’un important ouvrage paru dans les années septante.

Le domaine de l’insertion est fortement lié aux politiques publiques. Quel rôle la faîtière doit-elle jouer aujourd’hui vis-à-vis des autorités ?

Je pense que nous devons poursuivre la défense de l’insertion au sens large, quel que soit le type de programme ou de mandant. Insertion Vaud doit continuer à représenter ses membres petits ou grands et faire remonter nos réalités. Ce dialogue avec les autorités doit être franc et constructif,
parfois avec des tensions dues à nos rôles et contraintes respectives. La dimension de représentation des membres se révèle être parfois difficile, car nous devons relayer ce qui est un minimum partagé par les membres et représentatif.

Les enjeux financiers et les attentes des pouvoirs publics évoluent. Comment défendre au mieux les intérêts des membres dans ce contexte ?

D’abord, en renforçant notre dialogue avec les pouvoirs publics, notamment à travers nos échanges réguliers avec les directions et les Chef·fe·s de département. Mieux valoriser nos
réussites est essentiel. Cela passe aussi par une co-construction des indicateurs avec les mandants, en veillant à mieux intégrer la voix des personnes concernées dans la définition des programmes.
Ensuite, il s’agit de rester attentifs à certaines tentatives de co-gestion de nos prestations, ainsi qu’à des exigences administratives parfois disproportionnées. Si l’utilisation de fonds publics implique rigueur et transparence, ce que nous assumons pleinement, les démarches doivent rester
pertinentes et proportionnées.
Enfin, nous devons continuer à démontrer que nos actions ne sont pas que des coûts, mais de véritables investissements : pour la jeunesse, pour les entreprises et pour la cohésion sociale. Mes années de politique m’ont enseigné que le message est difficile à faire passer mais possible.

Insertion Vaud rassemble des organisations aux profils et sensibilités variés. Comment souhaites-tu renforcer cette dynamique collective ?

Cette diversité fait la force d’Insertion Vaud, mais c’est aussi un défi. Les échanges de pratiques, les formations et les autres moments organisés par la secrétaire générale contribuent à cette dynamique collective. J’ai proposé de mettre en place un espace commun pour partager des informations et documents qui peuvent intéresser les membres et éviter que chacun ne réinvente la roue de son côté. On verra si cela va fonctionner. Cela s’inscrit dans une dynamique plus collaborative que concurrentielle et nous nous devons d’aller dans cette direction.

Un message pour les membres et partenaires ?

Chères et chers collègues, poursuivez votre engagement malgré les obstacles qui jalonnent le parcours de l’insertion. Les milliers de personnes que nous accompagnons vers une formation ou un emploi témoignent chaque jour de l’utilité et de l’impact de notre action.
Merci également aux employeurs partenaires, qui s’engagent à nos côtés et montrent que l’insertion est une responsabilité partagée.
Enfin, je tiens à remercier nos mandants, ainsi que toutes celles et ceux qui croient que l’insertion est non seulement nécessaire, mais possible. Les moyens engagés, certes importants, mais encore insuffisants, en sont la preuve.
Nous ne pouvons pas insérer tout le monde, mais nous agissons pour chacune et chacun avec professionnalisme, engagement et éthique. Et cela compte énormément.