Actualité

Info

Quand la réussite se cache

Le succès des mesures d’insertion socioprofessionnelle ne se résume pas toujours à l’obtention d’un travail ou le commencement d’une formation professionnalisante. Faudrait-il plus valoriser les autres acquis?

Lorsque le taux de chômage est bas comme actuellement, les profils des participant·e·s aux mesures d’insertion socioprofessionnelle peuvent être de plus en plus éloignés du marché du travail. Conséquence : des difficultés accrues pour placer ces personnes, que ce soit en emploi ou pour une reprise de formation. Or, c’est bien là que se mesure généralement le succès des programmes.

Mais n’y a-t-il pas d’autres succès? “Pour nous, le plus grand succès, c’est ce que l’on nomme la reconnexion à soi, estime pour sa part Ariane Brokatzky, codirectrice de Swissnova. Cela a vraiment un impact plus large que le fait de trouver un emploi. Cela rayonne aussi sur la vie sociale des participant.e.s. Certains vont par exemple se remettre autrement en action, à faire de la musique ou du sport, alors qu’ils avaient oublié de nourrir cette partie importante de leur équilibre au passage à la vie adulte par exemple. Finalement, le fait de retrouver du travail est une conséquence d’une démarche plus profonde et dès lors, durable.”

Ilaria Eddih-Meschiari accompagne des personnes de plus de 50 ans motivées à réintégrer le marché de l’emploi, au sein de la mesure InPlus d’Insertion Vaud. Pour elle, les réussites “cachées” sont multiples. “Cela peut être une réorientation professionnelle, le développement de compétences sociales, le gain en autonomie ou encore l’identification d’une problématique de santé. Et puis une mesure peut aussi parfois améliorer la santé psychique ou le bien-être général d’un·e participant·e.”

Et parfois, le succès c’est aussi le renoncement, comme “lorsqu’un·e participant·e abandonne en pleine conscience un projet parce qu’il ou elle comprend qu’il n’est pas pour lui/elle”, relate Marie-Claude Cialente, Cheffe du secteur Insertion chez Caritas Vaud.

Changement de paradigme

On le voit, la liste des réussites qui dépassent le fait de trouver un emploi ou une formation est longue. Mais pour la responsable de Caritas Vaud, le système actuel d’insertion peine à prendre en compte ce qui n’est pas toujours chiffrable. “Je suis convaincue que ce qui est à valoriser, c’est le chemin et non le résultat, mais que ceci demande un changement radical du paradigme des mesures d’insertion, déclare-t-elle. Si une personne est suffisamment autonome pour marcher seule, elle atteindra tôt ou tard sa destination.”  Pour Marie-Claude Cialente, “changer ce paradigme amènerait peut-être les travailleurs sociaux à plus se centrer sur le travail avec le ou la participant·e et moins sur les résultats, à être plus honnête dans le réseau et à ne pas travailler que pour les financements.”


Au final, mieux identifier et mesurer les “succès cachés” serait bénéfique pour les participant·e·s, mais aussi pour les professionnel.le.s de l’insertion. “Avec un chômage bas, les profils que l’on reçoit sont de plus en plus éloignés du marché du travail, note Ariane Brokatzky. Cela peut créer plus de difficultés chez les conseiller·ère·s dans la démarche du retour à l’emploi et une frustration si cet objectif ne peut être atteint. Peut-être qu’il serait judicieux de prendre davantage en compte les “succès cachés” dans l’accompagnement de ces personnes, et mesurer l’aspect bien-être de l’individu (aspects psychologiques du coaching) et prendre en compte le fait qu’il faudra plus de temps avec ces profils afin d'arriver à des résultats.”

Dans un monde qui pousse aux objectifs chiffrés, une meilleure prise en compte des réussites moins tangibles est une source potentielle de motivation. “Parfois, de notre côté aussi, on peut être découragé par certaines situations complexes et qui n’aboutissent pas à des emplois, conclut Ilaria Eddih-Meschiari. Réaliser qu’il y a également d’autres sources de succès, c’est gratifiant.”

Autres actualités