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“Il faut mieux informer pour une meilleure insertion des personnes trans"

©Insertion Vaud

Les professionnel.le.s des ressources humaines ou de l’insertion socioprofessionnelle ne sont pas toujours assez sensibilisés et formés à la thématique trans, selon Adèle Zufferey, psychologue et intervenante sociale de la Fondation Agnodice. Elle nous livre son expérience et ses conseils.

C’est à la Fondation Agnodice à Lausanne que nous reçoit Adèle Zufferey. Voici cinq ans qu’elle y travaille, pour accompagner les jeunes et leur famille dans les questions liées aux transidentités. Elle et ses collègues interviennent régulièrement dans les milieux scolaires ou d’apprentissage, afin que les jeunes qui font leur coming-out puissent être intégrés au mieux dans leur identité de genre ressentie. Agnodice forme également les professionnels de divers horizons, directeur.trice.s d’écoles, travailleur.se.s sociaux ou encore maître.tresse.s d'apprentissage. La spécialiste a collaboré à l’ouvrage collectif “Jeunes trans et non binaires. De l'accompagnement à l'affirmation”, sorti ce début septembre.

Selon vous, la thématique des transidentités dans le domaine de l’insertion socioprofessionnelle est-elle assez prise en compte?

Non. Les gens ne connaissent pas, de manière générale, l’impact sur l’insertion et sur le chômage des personnes qui font des transitions de genre. Les chiffres sont révélateurs. On estime aujourd'hui, en Suisse, que 20% de la population trans en âge de travailler est au chômage. Cela représente tout de même cinq fois plus que pour toute la population suisse. Et près de 30% des personnes qui ont fait une transition dans leur carrière ont été renvoyées à cause de cela, même si les motifs sont cachés, car il serait illégal de le faire pour cette raison-là. Enfin, un peu plus de 10% d’entreprises interrogées lors de récentes discussions LGBT disaient qu'elles hésiteraient à engager une personne trans. Ce sont des chiffres très importants qui ne sont pas assez connus.

Quels sont les principaux problèmes que vous rencontrez?

Les jeunes que l’on reçoit sont souvent stressés par cette problématique de l’insertion. Ils ont peur de ne pas pouvoir trouver de place d’apprentissage, de ne pas être bien compris par les entreprises. Et même pour des personnes plus âgées, celles au chômage, par exemple. Elles s'inquiètent des démarches, comment faire des postulations. Le décalage est parfois grand entre ces inquiétudes d’un côté, et de l’autre, des personnes encadrantes qui ne comprennent pas toujours pourquoi ces personnes ne trouvent pas d’emploi.

Le monde du travail et de l’insertion ne sont donc pas encore toujours très inclusifs?

Non. Il y a encore beaucoup de transphobie. Quand ce sont des jeunes qui font des transitions de genre, souvent pendant la scolarité, l’insertion socioprofessionnelle est meilleure parce qu’il y a eu une transition à l’école, il y a une discussion et ils sont jeunes, c’est plus facile. Quand ce sont des personnes qui font des transitions à 30, 40, 50 ans, il est souvent plus compliqué de se réinsérer professionnellement, de pouvoir faire un coming out dans son entreprise. C’est plus délicat et on ne parle malheureusement pas encore assez de cette problématique.

Comment changer cela?

Le décalage principal vient du manque de formation. Il est facile pour une structure de dire: “ici on traite tout le monde de la même manière”, mais c’est plus compliqué quand on se retrouve face à une personne qui a une expression de genre qui ne correspond pas à sa carte d’identité. Dès qu’il y des informations, que des formation sont données sur ces questions, cela permet de rassurer les gens, parce que ça leur donne un cadre de compréhension et surtout cela leur donne des clés pour savoir comment procéder au mieux avec des personnes trans. Et forcément cela améliore les pratiques.

Quels conseils donneriez-vous aux employeurs?

Faire un tour sur le site trans welcome, c’est déjà une première étape intéressante. On y trouve des conseils sur comment rendre un environnement de travail favorable et soutenir cette thématique. L’étape d’après est de se former et de s’informer. Demander aux associations, aux professionnels, de l’aide pour avoir un milieu “safe” en termes de diversité.

Faut-il communiquer une transition au sein de l’entreprise?

Tous les employés ne seront pas forcément mis au courant. Ça dépend de ce que désire la personne concernée. Dans certains cas, lorsqu’il y a une transition alors que la personne est déjà intégrée dans son lieu de travail depuis longtemps, certains employeurs organisent une journée de sensibilisation. Cela dépend de chaque cas.

Y a-t-il des bonnes pratiques pour les personnes en transition qui cherchent un emploi ou qui sont déjà employées?

Ce que nous conseillons aux jeunes surtout, c’est d’être le plus transparent possible, soit dans leur lettre de motivation ou via un petit mot ajouté au dossier de postulation. On pourra y expliquer pourquoi les papiers d’identité sont à ce nom-là et pourquoi cela ne correspond pas au prénom communiqué. Mais cela peut aussi être à double tranchant parce que l’entreprise pourrait se dire qu’elle ne lit pas ce dossier parce que c’est un personne trans. Pour des personnes adultes, tout dépend de ce qu’elles désirent et ressentent. Si elles ne veulent pas en parler, c’est totalement ok. Il ne faut jamais pousser une personne à faire son coming out à son employeur.

Comment les structures proposant des mesures d’insertion peuvent-elles accueillir au mieux ces personnes?

Il faut essayer d’avoir un environnement de réception de ces personnes qui soit inclusif. Et cela passe parfois par de très petites choses pratiques, comme avoir des flyers sur l’identité de genre. Il y a aussi des autocollants proposés par l’association Vogay et des partenaires dont notre fondation sur lesquels il est écrit: “ici on peut parler d’orientation sexuelle et d’identité de genre". Il suffit de le coller à un endroit. La plupart des gens ne le verront même pas, mais pour les personnes concernées, ça sera un déclencheur. Cela s’est beaucoup vu dans les écoles. Quand les infirmières scolaires ont commencé à les mettre, on a vu que beaucoup plus de jeunes ont osé poser des questions. Cela a permis de libérer la parole.

Et les formations que vous donnez?

C’est aussi une bonne solution pour améliorer la prise en charge des personnes trans dans des mesures d’insertion. C’est même essentiel que les accompagnants soient formés. Nous intervenons parfois pour une journée entière. L’idéal est en tout cas deux heures. Une pour poser les bases, expliquer ce qu’est le genre, etc. Et la deuxième pour laisser un espace pour les questions un peu plus pratiques, les expériences vécues.

 

Ressources à disposition

Le portail web trans welcome pour les personnes trans et les employeurs: https://www.transwelcome.ch/fr/

Pour commander les autocollants de l'association Vogay: https://vogay.ch/affiches-et-autocollants/

La Fondation Agnodice qui encadre des jeunes trans et leur famille: https://agnodice.ch/

Le Checkpoint de PROFA qui encadre les adultes trans: https://www.profa.ch/checkpoint

Le livre “Jeunes trans et non binaires. De l'accompagnement à l'affirmation” qui vient de paraître: https://www.editions-rm.ca/livres/jeunes-trans-et-non-binaires/

La plateforme "15 stories et +" a destination des employeurs pour favoriser un climat de travail inclusif à l'égard des personnes LGBT   

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